Les cellules cancéreuses dans le collimateur : des technologies brevetées permettent de combattre les tumeurs avec précision

Rares sont les maladies auxquelles les médecins et les chercheurs se consacrent autant que le cancer. Il faut dire que les chiffres sont alarmants : au cours de la seule année 2012, plus de 13 millions de nouveaux cas ont été signalés, et la tendance est à la hausse.

Le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC) s'attend même à 22,2 millions de nouveaux cas par an d'ici à 2030, soit une progression de 75 % par rapport à l'année 2008.

Dans le même temps, le cancer, notamment lorsqu'il affecte les seins, les poumons et les voies intestinales, demeure toujours l'une des principales causes de décès dans le monde : l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime ainsi que cette maladie devrait coûter la vie à plus de 13 millions de personnes par an d'ici à 2030. 

Face au cancer, les acteurs politiques ne restent pas non plus inactifs : en 2008, l'Union européenne a ainsi donné naissance au Partenariat européen pour la lutte contre le cancer. L'objectif : réduire de 15 % (510 000 cas) le nombre de nouveaux cas de cancer au sein l'UE d'ici à 2020 en recourant à la prévention.

Dans la lutte contre le cancer, les médecins bénéficient de plus en plus de l'assistance du laboratoire de recherche. Un certain nombre de formes nouvelles de thérapies permettent d'offrir de meilleures chances de guérison tout en présentant des effets secondaires moindres par rapport à la radiothérapie, à la chimiothérapie et aux interventions chirurgicales conventionnelles.

Les lauréats et les finalistes suivants du Prix de l'inventeur européen comptent également au nombre des inventions brevetées les plus importantes dans la lutte contre le cancer :

Patrick CouvreurPatrick Couvreur : des nanocapsules pour les médicaments anticancéreux

Finaliste, Prix de l’inventeur européen 2013 (catégorie Instituts de recherche)

La chimiothérapie conventionnelle inonde le corps de cytotoxines dont l'action a souvent de graves conséquences. Enveloppés dans des « nanocapsules » 70 fois plus petites que les globules rouges et conçues en bioplastique se dégradant lentement dans l'organisme, les médicaments anticancéreux n'agissent que lorsque les nanocapsules sont parvenues au foyer de la maladie.

Cette percée a été réalisée par le chercheur français Patrick Couvreur, de l'Université Paris-Sud, dont les petites capsules ne mesurant que 10 à 1 000 nanomètres permettent d'administrer des doses plus élevées de médicament. Résultat : les nanocapsules de Couvreur présentent une efficacité jusqu'à dix fois supérieure à celle de la chimiothérapie conventionnelle, et ce, tout en épargnant les cellules saines.


Yves Jongen and teamYves Jongen : la protonthérapie pour cibler les tumeurs avec plus de précision

Finaliste, Prix de l’inventeur européen 2013 (Œuvre d’une vie)

Les rayons X utilisés en radiothérapie affectent également des tissus sains du fait de leurs effets diffus. L'administration de doses de rayons plus ciblées et plus efficaces est obtenue grâce à un accélérateur de particules médical spécial : le « cyclotron ». L'ingénieur Yves Jongen, de l'Université catholique de Louvain, en Belgique, a, avec son cyclotron plus compact et plus rentable, permis de recourir à la thérapie à grande échelle : l'invention brevetée a, en effet, réduit de 100 millions d'euros, à près de 24 millions d'euros, le coût de chaque appareil, et a, jusqu'à présent, été utilisée sur plus de 21 000 patients.


Leigh Canham Leigh Canham : le silicium dans le domaine biomédical

Finaliste, Prix de l'inventeur européen 2011 (Petites et moyennes entreprises)

Le silicium a longtemps été considéré comme étant toxique pour le corps humain. En 1995, le scientifique britannique Leigh Canham fit néanmoins une découverte révolutionnaire : présenté sous forme de nanostructures, le silicium est non seulement biocompatible, mais également biodégradable. Du fait de sa structure en nid d'abeille, la nouvelle matière appelée « BioSilicon » est constituée d'alvéoles qu'il est possible de remplir de médicaments anticancéreux. Au fil du temps, la dégradation du silicium libère ensuite les substances actives dans l'organisme ; cette libération peut également intervenir de manière ciblée dans certains organes.


Blanka RihovaBlanka Říhová : médicaments utilisant un polymère de synthèse

Finaliste, Prix de l'inventeur européen 2011 (Œuvre d'une vie)

La scientifique tchèque Blanka Říhová a mis au point des médicaments innovants permettant de procéder au traitement ciblé du cancer et reposant sur la combinaison de médicaments de grande efficacité avec des anticorps. Les anticorps peuvent reconnaître les cellules cancéreuses et les attaquer de manière ciblée avec des substances actives. Dès que le composé moléculaire pénètre dans une cellule cancéreuse, il y stoppe la réplication de l'ADN et empêche ainsi la croissance de la tumeur. Dans le même temps, l'anticorps « marque » la cellule tumorale et déclenche ainsi une réponse immunitaire conduisant à la destruction de cette cellule.


Albert Gelet et al. : une sonde thérapeutique destinée au traitement du cancer de la prostate

Finaliste, Prix de l'inventeur européen 2010 (Instituts de recherche)

Le cancer de la prostate est aujourd'hui le cancer dont sont le plus fréquemment affectés les hommes en Europe. En dépit des énormes améliorations enregistrées sur le plan des taux de survie, les traitements sont nombreux à être très agressifs et à avoir de sérieuses conséquences négatives sur les patients. Cela a changé en 2000, grâce aux travaux de scientifiques de l'Institut national français de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM) : leur procédure brevetée aussi peu invasive que possible pour détruire les cellules cancéreuses de la prostate (traitement HIFU) tue les cellules cancéreuses au moyen d'ultrasons focalisés de haute intensité sans léser les tissus voisins.


Napoleone Ferrara Napoleone Ferrara et al. : anticorps anti-VEGF

Finaliste, Prix de l'inventeur européen 2010 (Pays non européens)

 Au lieu de détruire les cellules cancéreuses comme dans le cadre d'une chimiothérapie en recourant à des cytotoxiques, les médicaments novateurs du chercheur Napoleone Ferrara opèrent selon une approche différente : ils « affament » le cancer en faisant se tarir l'alimentation en sang des cellules cancéreuses grâce à l'intervention de ce que l'on appelle des anticorps anti-VEGF. Cette approche se fonde sur l'identification, par Ferrara, des protéines de signalisation qu'utilisent les tumeurs pour s'alimenter en sang du corps humain. Le médicament est commercialisé sous le nom d'Avastin depuis 2004 ; de nombreuses études complémentaires ont eu lieu depuis, et nombre de médicaments ont également été mis au point selon ce même principe.


Jürg ZimmermannJ. Zimmermann et B. Druker : un médicament contre la leucémie myéloïde chronique (LMC)

Lauréat, Prix de l'inventeur européen 2009 (Industrie)

 La leucémie myéloïde chronique (LMC) a longtemps été considérée comme l'une des formes les plus létales de cancer. Ce cancer de la moelle osseuse a néanmoins beaucoup perdu de son caractère implacable avec l'avènement d'une nouvelle génération de médicaments développés par les chercheurs Jürg Zimmermann et Brian Druker. Le mode d'action de ces médicaments : chez les patients atteints de la LMC, un chromosome appelé le chromosome de Philadelphie provoque la prolifération des leucocytes dans le sang. Zimmermann et Druker ont donc recouru à un « bloqueur » chimique pour mettre au point le médicament Glivec, qui est, aujourd'hui, presque considéré comme un « remède miracle » contre la LMC parmi les chercheurs et les médecins.


Philip S. GreenPhilip S. Green : système de télémanipulation pour robots chirurgicaux

Lauréat, Prix de l’inventeur européen 2008 (Pays non européens)

Depuis l'an 2000, le robot chirurgical Da Vinci ouvre la voie à un niveau de précision jusqu'alors inégalé en chirurgie. En cardiologie, en urologie et en gynécologie, notamment, ce système est devenu un élément désormais indispensable de la pratique. Les bases de ce système ont été posées par l'ingénieur en biomédecine Philip S. Green, de l'Université de Stanford. Son système de télémanipulation permet de télécommander de manière précise les quatre bras chirurgicaux du robot à partir d'une salle située à l'extérieur de la salle d'opération. Le chirurgien n'est, par conséquent, même pas obligé de se munir de vêtements stériles !

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