Prix de l'inventeur européen

La technologie des pacemakers au service de la lutte contre les fausses pièces de monnaie

Selon les spécialistes, dix millions de fausses pièces de monnaie en euros circulent actuellement dans les trois valeurs faciales les plus élevées. Ce chiffre peut paraître relativement modeste comparé aux seize mille millions de véritables pièces de 50 centimes, un euro et deux euros. Et pourtant, les faussaires ont une activité lucrative. En effet, la fabrication d'une pièce coûte environ 20 centimes (dont la majeure partie est constituée du coût de la matière première). Les faussaires peuvent donc faire de l'argent - dans tous les sens du terme - en fabriquant une pièce de monnaie d'une valeur faciale de 50 centimes ou plus. Les trois quarts environ des fausses pièces sont des pièces de deux euros, et les faussaires ont une forte préférence pour l'imitation des pièces allemandes.

Plus la zone euro s'étend, plus il y a de fausses pièces qui apparaissent. Plus de 330 millions de personnes sont désormais exposées potentiellement au risque de se voir remettre de fausses pièces. Jusqu'en 2007, le nombre de fausses pièces saisies a aussi crû régulièrement, atteignant plus de 200 000 pièces par an. Mais les faussaires ne sont pas en reste et deviennent de plus en plus habiles. Leur production est donc de plus en plus sophistiquée et difficile à détecter. En outre, il est de plus en plus rare de débusquer un atelier qui fabrique des fausses pièces du début à la fin. « D'après les derniers chiffres, la plupart des ateliers fonctionnent toujours » a noté la Commission européenne en 2007.

La plus récente des technologies pour résoudre ce problème

La Commission européenne a pris des mesures pour traiter ce problème au titre du « 7ème programme-cadre pour les actions de recherche et de développement technologique » (FP7), en privilégiant les technologies qui rendent encore plus difficile la copie des métaux et alliages utilisés. Cela répond tout à fait à l'objectif déclaré d'Algirdas Šemeta, le commissaire européen chargé de la lutte anti-fraude : « la lutte contre la fausse monnaie - pièces ou billets - est extrêmement importante pour notre économie et notre monnaie. Nous continuerons de consacrer tous les moyens nécessaires à la recherche de ces fausses pièces, pour éradiquer ce problème dans toute l'Union européenne ».

SAFEMETAL est un projet qui étudie comment assurer une qualité des métaux utilisés aussi uniforme que possible. Ce projet a bénéficié à ce jour d'un financement de recherche d'environ 1,8 millions d'euros de la Commission européenne au titre de FP7, un programme qui va de 2007 à 2013. Les travaux de développement ont été en partie réalisés par Mart Min, Professeur à l'Université de Technologie de Tallinn. Mart Min a fait une découverte intéressante et a déposé en 1999 une demande de brevet pour l'invention. Il a ensuite présenté des demandes de brevet qui ont abouti en 2000 et 2004. Il a été nominé pour le Prix de l'inventeur européen de cette année, qui sera décerné le 19 mai à Budapest. Ce Prix distingue l'importance de la contribution de l'inventeur. Selon les propres termes du Président de l'OEB, M. Benoît Battistelli : « le talent d'innovation des inventeurs européens profite à l'ensemble de la société ».

La contribution de Mart Min au projet SAFEMETAL porte sur les moyens de fiabiliser encore plus la validation automatique des pièces. L'une des difficultés technologiques est que les pièces en euros sont fabriquées dans de nombreux pays différents et en grandes quantités, de telle sorte que l'on utilise des flans (pièces de monnaie non frappées) venant de différents fournisseurs et de compositions variables. Pour assurer la qualité des métaux et des flans malgré ces différences, Mart Min utilise un type de spectroscopie d'impédance qu'il a perfectionné et auquel il a ajouté de nouveaux signaux « intelligents » ainsi qu'une fonction d'analyse des résultats relevés.

Contribution à l'économie européenne

L'un des objectifs du 7ème programme-cadre de l'Union européenne, et par extension, de SAFEMETAL, est de stimuler l'innovation en Europe et le développement de nouveaux produits et marchés fondés sur la technologie. Les 23 millions de petites et moyennes entreprises (PME) que compte l'Union européenne représentent 99% de toutes les entreprises en Europe, plus des deux tiers du PIB européen et 75 millions d'emplois dans le secteur privé. Elles sont donc un facteur essentiel de croissance économique et d'emploi.

Les PME en particulier se sont spécialisées dans les systèmes de validation des pièces et de tri. Or, les toutes dernières normes européennes vont leur poser des défis à relever. Par ailleurs, les brevets en font un marché spécialisé rentable, dans un domaine qui présente d'excellentes opportunités pour commercialiser des produits. Les technologies développées dans ce domaine reçoivent aussi d'autres applications de haute technologie, notamment dans l'aviation et l'espace, et elles ont déjà permis d'économiser au niveau de la production et des temps d'essai dans ces secteurs.

Une plus grande gamme d'applications

M. Mart Min cherchait à l'origine à mettre au point des pacemakers plus sophistiqués. Il espérait que ses travaux sur l'impédance électrique lui permettraient de développer des appareils plus performants de mesure de l'effort des patients et de réglage automatique de leurs pulsations cardiaques. Ces appareils émettraient des pulsations plus rapides lorsque l'effort du patient est plus grand, mais laisseraient des pulsations lentes lorsque le patient est au repos. La première étape consistait à mettre au point un nouveau moyen de mesurer ce que l'on appelle la bio-impédance.

Après avoir créé avec succès des pacemakers sensibles à la fréquence, Mart. Min a cherché d'autres applications à son invention. Il l'exprime en ces termes : « En mesurant l'impédance sur une courte période et dans un large spectre, on a découvert un moyen de mesure entièrement nouveau qui ne permet pas seulement d'obtenir davantage de données que les méthodes classiques, mais également des données beaucoup plus précises ». Cette nouvelle technique de mesure pourrait, en théorie, s'appliquer à tous les types de matières, pour juger par exemple de la viabilité d'organes destinés à être transplantés et surveiller leur fonctionnement après transplantation. « Nous pouvons actuellement détecter très tôt des irrégularités dans des organes qui viennent d'être transplantés », explique l'inventeur, « car l'impédance nous donne les informations sur le flux sanguin dans l'organe transplanté ».

La méthode de Mart Min est aussi prometteuse en tant que moyen de vérifier le niveau de charge des piles électriques, qu'il s'agisse des piles ordinaires ou des piles rechargeables. Cela pourrait bientôt permettre d'améliorer les performances et la durée de vie des piles des téléphones portables, des appareils médicaux et des satellites.

Le procédé de Mart. Min a récemment été testé dans le cadre d'un projet EUREKA Eurostars pour savoir s'il pouvait recevoir une application dans la surveillance en ligne de la structure des pales des rotors d'éoliennes. Les possibilités très étendues d'application de l'invention et les développements que  l'on peut en attendre en font une invention que l'on peut qualifier de révolutionnaire.

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