Prix de l'inventeur européen

Le combat d’une chercheuse contre la principale cause mondiale de mortalité

On estime à environ 7,6 millions le nombre de personnes décédées des suites d'un cancer en 2008, soit 13 % de l'ensemble des décès cette année-là. Le cancer, première cause de mortalité dans le monde, est aussi la plus onéreuse. D'après un rapport de l'American Cancer Society and Livestrong, l'impact économique total des morts prématurées et des invalidités dues au cancer dans le monde s'élève à 895 milliards de dollars hors coûts médicaux directs, soit 1,5 % du PIB mondial.

Le travail de l'inventrice Blanka Rihova a permis de développer de nouveaux traitements plus efficaces contre le cancer. C'est pour l'ensemble de ses recherches dans ce domaine qu'elle a été nominée dans la catégorie Œuvre d'une vie du Prix de l'inventeur européen 2011. Cette récompense sera remise le 19 mai lors d'une cérémonie à Budapest.

Cette inventrice tchèque est à l'honneur pour les traitements mieux ciblés contre le cancer qu'elle a mis au point, ainsi que pour les résultats positifs obtenus lors de ces traitements. Ses travaux de recherche ont permis le développement de plusieurs anticancéreux qui concentrent spécifiquement leur action sur les cellules cancéreuses. Elle est également à l'origine d'un traitement particulier qui non seulement cible les cellules cancéreuses, mais semble aussi stimuler la fonction immunitaire.

La chimiothérapie : un traitement efficace

La chimiothérapie a pendant longtemps été considérée comme le traitement le plus efficace contre le cancer.

On peut faire remonter ses origines à l'attaque aérienne du port de Bari, en Italie, le 2 décembre 1943. Pendant cet événement de la Seconde Guerre mondiale, des bombardiers allemands ont détruit un navire contenant de grandes quantités d'ypérite azotée (gaz moutarde), exposant des centaines de personnes à cet agent de guerre chimique.

Après le raid, l'autopsie des victimes a révélé que la multiplication de leurs cellules lymphoïdes avait été considérablement enrayée. Les scientifiques se sont demandé ultérieurement si le même composé supprimerait de la même manière la prolifération des cellules cancéreuses. Des expériences consistant à injecter de l'ypérite azotée dans les tumeurs de ganglions lymphatiques de souris ont alors été réalisées. La rémission temporaire des cellules cancéreuses chez les souris a constitué le point de départ de la chimiothérapie.

C'est en 1958 que la première guérison par traitement chimiothérapeutique a été enregistrée. Depuis lors, plus de 50 sortes différentes de chimiothérapies ont été mises au point.

Vers une solution plus ciblée

Bien que la chimiothérapie ait considérablement progressé depuis les années 1940, elle est toujours accompagnée de nombreux effets indésirables. Parmi eux, la chute de cheveux et de fortes nausées causant une perte sévère d'appétit pouvant mener jusqu'à la cachexie, dont les symptômes sont la perte de poids, la fatigue et la perte de masse musculaire.

Ces perturbations sont le résultat de la nature générique de la chimiothérapie. Les composés cytotoxiques ne se contentent pas d'attaquer uniquement les cellules cancéreuses. Ils touchent de façon particulièrement nuisible les cellules à division rapide, comme les cellules des follicules capillaires, des systèmes immunitaire et reproducteur, ainsi que celles de l'appareil digestif.

Mme Rihova recherche actuellement une solution plus ciblée qui limiterait les effets secondaires négatifs de la chimiothérapie. Le médicament qu'elle tente de mettre au point appartient à la catégorie des promédicaments macromoléculaires polymères, dont les macromolécules s'appuient sur une « ossature » large sur laquelle est fixé un anticancéreux cytotoxique - en l'occurrence, un médicament du nom de doxorubicine. Les ossatures sont également associées à des anticorps qui « reconnaissent » les cellules cancéreuses. C'est la présence des anticorps, qui confère à ces composés leur spécificité, qui est à l'origine du ciblage des cellules cancéreuses et de la non-agression des autres cellules somatiques.

Une fois que les composés moléculaires pénètrent dans une cellule cancéreuse, ils inhibent la réplication de son ADN, empêchant ainsi la tumeur de croître. L'anticorps qui se lie à la cellule cancéreuse la « marque » alors et provoque une réaction immunitaire qui la détruit.

La spécificité accrue de ce médicament, alliée à une plus grande efficacité et à l'amélioration de la capacité de réaction immunitaire contre les cellules cancéreuses, réduisent les chances de développement ultérieur de nouvelles tumeurs. De plus, la limitation des effets secondaires permet de raccourcir la fréquence et la durée des hospitalisations, allégeant la pression financière dans une situation déjà éprouvante mentalement et émotionnellement.

La demande pour ce type de médicament continuera d'augmenter dans les années à venir, le nombre de décès dus au cancer étant prévu à plus de 11 millions par an à l'horizon 2030.

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